Sermon de la fête de Ramadan 2026/1447

THEME :  L’ELEVATION SPIRITUELLE DU RAMADAN

Première partie

Louanges à Allah qui nous a guidés vers l’Islam et nous a permis de parachever le mois de ramadan sous sa protection et son orientation. Nous témoignons qu’il n’y a aucune divinité hormis Allah et que Muhammad est Son serviteur et Messager. Que la paix et le salut soient sur le Messager de la révélation ultime, sur sa famille, ses compagnons et ceux qui les suivront dans la voie droite jusqu’au jour des comptes.

Louanges à Allah qui nous éduque et nous renforce par son adoration et qui nous a permis de vivre cette immersion spirituelle et comportementale à travers le ramadan et ce qu’il implique comme jeûne, prières, invocations, partage, lecture du Coran.

 

Mes frères et sœurs, le jeûne de ramadan qui s’achève aujourd’hui n’était pas un simple exercice de faim ou une routine sociale communautaire, mais plutôt une école supérieure   de piété, at-taqwa, la crainte révérencielle de Dieu.

Allah nous dit :  « Ô croyants ! Le jeûne vous a été prescrit comme il l’a été à ceux qui vous ont devancés afin que vous atteigniez la piété. » (Sourate Al-Baqara, v. 183).
La  piété est la conscience éveillée du croyant et constitue son baromètre d’action quotidienne. “Agir comme si nous voyons Allah, car si nous ne Le voyons  pas, Lui nous voit. »(Hadith).  C’est cette proximité qui doit désormais guider nos pas.

Oui, la taqwa, c’est se préserver ; être pieux, c’est placer entre soi et le mécontentement de Dieu un rempart en accomplissant ses ordres et en fuyant ses interdits.

La taqwa, c’est agir avec sincérité car la crainte purifie l’intention. Le croyant agit ainsi pour plaire à son Créateur, même lorsqu’il est seul, car il sait que « Dieu est avec ceux qui Le craignent » (Coran 16:128).

Mais aussi la piété, c’est la maitrise des sens qui ont aussi jeûné durant ramadan. Une piété qui n’améliore pas le comportement reste incomplète, inutile et sera à la limite une parodie.

La taqwa véritable pousse à l’honnêteté dans les transactions, au respect des engagements, à la maîtrise de la colère et au pardon. Elle transforme le croyant en un élément utile et apaisant pour sa communauté.

La piété est l’équilibre parfait entre la foi du cœur et la noblesse du caractère et c’est ainsi que le croyant améliore sa personnalité pour réussir au mieux son rôle de khalife sur la terre.

 

Mes frères et sœurs dans la foi, Pendant un mois, nous avons dompté notre ego (Nafs). Nous avons prouvé que nous pouvons délaisser le licite (nourriture) pour l’Unique. Ne redevenons pas esclaves de nos passions dès demain et les jours suivants.

La soif et la faim nous ont rappelé la condition des démunis et le Ramadan a cultivé en nous l’empathie et la compassion.  Nous nous sommes exercés au partage du peu que nous avons pour marcher dans les pas du saint prophète (SAW). En effet, « Le Prophète (PSL) était le plus généreux des hommes, et il l’était encore plus durant le Ramadan. » (Bukhari).
Que cette solidarité ne s’éteigne pas avec le croissant de lune. Continuons à soutenir les veuves, les orphelins et les nécessiteux, surtout dans la situation actuelle de notre pays. La solidarité durant ramadan, même si elle est ponctuelle et circonstancielle nous a montré que notre communauté regorge de potentialités aussi bien matérielles que financières à même de constituer une base solide de prévoyance sociale, pour peu qu’on y mette de l’organisation.   Ainsi, la question de la solidarité devrait être mieux organisée à travers un Office Islamique du secours social pour optimiser la collecte issue de la zakat annuelle, de la zakat el fitr et des aumônes diverses. Que Dieu nous guide dans son opérationnalisation.

 

Mes frères et sœurs dans la foi, le Ramadan n’était pas une parenthèse dans notre cheminement mais une station importante, un pallier axial dans notre ascension spirituelle.  La discipline spirituelle consiste à ne pas laisser les portes de l’adoration se refermer après l’Aïd. Ne soyons donc pas des « ramadaanii », des adorateurs du ramadan, qui voguent d’un extrême à l’autre, qui, après leurs efforts exceptionnels de ce mois, s’endorment dans un relâchement total qui frise l’insouciance et la négligence ; Ramadan doit agir en nous comme un booster qui redonne vie à notre intérieur et non le contraire.  Le prophète (SAW) a dit :  « Les œuvres les plus aimées d’Allah sont les plus constantes, même si elles sont peu nombreuses. » (Bukhari & Muslim).

La discipline spirituelle se nourrit de connexion permanente et le signe de l’acceptation d’une bonne action est d’être suivi par une autre. Le hadith nous dit : « Quiconque jeûne le Ramadan puis le fait suivre de six jours de Chawwal, c’est comme s’il avait jeûné toute l’année. » (Muslim). »

Frères et sœurs, sachons rester constants et que le Seigneur du Ramadan reste le Seigneur de vos vies en tout temps.

Parmi les plus grandes leçons que nous pouvons tirer de ramadan, l’enseignement sur l’unité et la fraternité au sein de la Ummah occupe une place de choix.

Le premier pilier de notre force réside dans notre cohésion. Allah nous dit dans le Noble Coran : « Et cramponnez-vous tous ensemble au « Habl » (câble) d’Allah et ne soyez pas divisés » (Sourate Al-Imran, v.103).

Aujourd’hui, plus que jamais, l’unité, la fraternité et le pardon ne sont pas de simples options, mais des obligations vitales. Alors que tout dans l’islam nous enseigne l’unité des cœurs et l’unité d’action, notre communauté a brillé ces deux dernières années par des invectives, des insultes, des sorties inappropriées sur les réseaux sociaux de prédicateurs musulmans, c’est-à-dire, de personnes censées porter la parole religieuse qui construit, toute chose qui va à l’encontre de notre vocation sociale, et qui fragilise encore plus notre vivre ensemble.

Ne laissons pas la discorde affaiblir nos rangs alors que notre pays traverse des épreuves qui exigent un front commun. Soyons des bâtisseurs de ponts et non des fossoyeurs de liens sociaux.

 

Frères et sœurs dans la foi, serviteurs d’Allah, l’Islam n’est pas une religion de retrait, mais de présence. Face à la crise humanitaire et sécuritaire qui nous touche de plein fouet, le musulman doit être au premier rang de la solidarité de par ses actes et ses gestes.

Le Prophète (PSL) a dit : « Le meilleur des hommes est le plus utile aux hommes ». (Bukhari). Certes, beaucoup d’actions déjà posées par les diverses associations et composantes de la communauté islamique sont à saluer, mais elles demandent encore plus de coordination pour impacter véritablement la situation. C’est le moment aussi pour la communauté sous la houlette d’une fédération éclairée, dynamique et volontariste, d’intensifier les investissements sociaux de base afin d’accroitre la résilience des populations.

Alors donc, la construction d’écoles, d’universités et de centres de santé est une forme de Sadaqa Jariya (aumône continue) qui répond aux défis de notre temps. Un peuple instruit et en bonne santé est un peuple résilient. Félicitations donc à toutes les associations islamiques qui s’évertuent ces derniers temps dans ces investissements et nous prions Allah que l’administration rigoureuse suive l’élévation des bâtiments.

Pour ce qui est de nos associations, le CERFI et l’AEEMB, nous appelons chaque fidèle et chaque militant à répondre à l’appel à contribution pour les projets en cours et ceux à venir. Que ce soit pour une salle de classe, un forage, un centre de santé ou une mosquée, chaque franc investi est une pierre posée pour l’avenir de la Oummah et du Burkina Faso.

Ne sous-estimez aucun don. Préparez votre au-delà en bâtissant ici-bas des infrastructures qui serviront aux générations futures.

Enfin, pour ceux qui s’apprêtent à accomplir le cinquième pilier de l’Islam, nous appelons à une organisation rigoureuse et transparente du Hadj. Le pèlerinage demande de la discipline et de la rigueur. Les inscriptions sur la plateforme ont déjà laissé à tous un goût d’inachevé et la situation au moyen orient n’est pas des plus rassurantes.  Que les autorités compétentes et les agences de voyage travaillent avec intégrité pour que nos pèlerins puissent accomplir leur devoir dans la sérénité et la sécurité.

 

Deuxième partie

 

Chers frères et sœurs, la foi islamique nous commande un engagement envers la paix, condition indispensable pour le développement et la prospérité durables.

Cependant, depuis maintenant une dizaine d’années, notre nation traverse des épreuves qui sapent tous les efforts des gouvernants et qui exigent de nous une clarté morale absolue.

Nous dénonçons avec la plus grande fermeté les actes terroristes qui endeuillent nos familles. Ces crimes sont une offense directe à l’Islam. Le Coran nous enseigne que quiconque tue une âme innocente, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière (Sourate Al-Ma’idah, v.32). Rien, absolument rien, ne justifie de verser le sang de son frère ou de sa sœur, que Dieu a rendu sacré.

Nous saluons avec gratitude le courage de nos Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et de nos Volontaires pour la Défense de la Patrie(VDP)et nous rendons hommage à ceux qui sont tombés martyrs pour la nation. Nos prières en ces instants et celles de tous les jours les accompagnent.

Nos encouragements et nos prières vont aux autorités et à la population dans l’effort de reconquête du territoire. Grâce à leur détermination, des milliers de Personnes Déplacées Internes (PDI) retrouve enfin le chemin de leurs foyers. Accueillir et réinstaller un déplacé, c’est restaurer la dignité humaine. C’est un acte de foi concret, c’est un geste de fraternité, d’humanité et de citoyenneté.

L’accueil des déplacés par les populations hôtes vient nous rappeler que le Burkina Faso est une mosaïque de fraternité et de patriotisme. Cela n’est pas sans rappeler la grande fraternisation réalisée par le saint Prophète (saw) entre les ‘‘mouhadjirouns’’ (émigrés de la Mecque) et les ‘‘ançars’’ (autochtones) de Médine. Ne laissons pas le venin de la division ethnique ou religieuse nous séparer. Pour le musulman averti, la diversité est une richesse voulue par Dieu. Posons donc des gestes de paix, tendons la main à notre voisin, refusons les discours de haine et soyons les premiers à protéger celui qui est différent de nous.

 

Chers frères et sœurs, la dignité d’un peuple passe aussi par son autonomie. L’Islam valorise le travail à travers celui de la terre qui apparait comme la plus ancienne occupation humaine. Le Prophète (PSL) a dit : « Aucun musulman ne plante une plante ou ne cultive un champ dont un oiseau, un homme ou une bête mange, sans que ce ne soit pour lui une aumône. » (Bukhari et Muslim). Nous saluons l’offensive agricole initiée par les autorités car cultiver notre propre nourriture pour atteindre la souveraineté alimentaire n’est pas seulement un projet économique, c’est un devoir spirituel pour ne plus dépendre de l’extérieur. Que chaque bras valide devienne un soldat du développement et de la souveraineté nationale.

Les grands chantiers des autorités nous montrent que notre pays vit une heure de transformation profonde. Cette volonté de souveraineté et de rupture avec les chaînes du passé est un élan que nous saluons, car l’Islam est une religion de liberté et de dignité.

 

Soutenir la marche vers l’indépendance de notre pays est un acte de patriotisme qui doit rassembler au-delà des croyances et des différences sociales. Cependant, la révolution exige de la discipline pour aboutir :  insulter un imam, un prêtre ou un responsable coutumier sur la place publique ou par l’intermédiaire du numérique ne libère pas l’Afrique ; cela l’affaiblit en créant des fractures que l’ennemi (le terrorisme) s’empressera d’exploiter. Être musulman n’empêche pas d’être un fier Africain, héritier des grands empires et de la terre de nos ancêtres.
Nous sommes tous dans le même bateau face au terrorisme. Si les FDS et les VDP tombent au front, ils ne demandent pas si leur voisin est kémite, musulman, coutumier, ou chrétien ; ils versent leur sang pour la même terre.
La véritable révolution, c’est celle qui unit les bras pour cultiver la terre et sécuriser le pays, pas celle qui divise les esprits sur les réseaux sociaux qui sont devenus des arènes où l’insulte remplace l’argument, et où le mépris de la foi d’autrui est brandi comme un trophée. Si nous n’avons pas l’’intelligence collective de nous asseoir à la même table parce que nous croyons différemment, nous laisserons la haine s’installer dans nos communautés et nous détruisons de l’intérieur ce que nos soldats protègent au prix de leur vie à l’extérieur.

 

En ce mois sacré de piété et de partage, rappelons que la force d’une nation réside dans sa capacité à faire régner une justice équitable pour tous. Dans le contexte complexe que nous traversons, l’exemplarité des autorités dans la gestion de la cité est le seul rempart contre la division. C’est par une justice qui protège le faible, valorise le mérite et rejette l’arbitraire que nous parviendrons à rétablir la confiance indispensable à la survie de notre patrie.

Alors que chaque décision publique soit guidée par l’inclusion, afin que chaque citoyen, sans distinction, se sente pleinement investi dans cette œuvre commune de redressement national.

 

L’avant-projet de loi sur les libertés religieuses nous appelle à une profonde réflexion sur notre vivre-ensemble. Nous saluons l’intention de l’État de réguler l’espace public pour garantir la paix et prévenir les dérives, car la foi ne saurait s’épanouir dans le désordre ou la discorde. L’Islam nous enseigne le respect rigoureux du voisinage et la discipline sociale.

Cependant, notre adhésion à l’esprit de cette loi s’accompagne d’une vigilance légitime quant à ses modalités pratiques. La neutralité de l’État ne doit pas se transformer en une exclusion de la spiritualité au quotidien, ni entraver la pratique paisible des rites qui rythment la vie du croyant.

Nous appelons donc les autorités à un dialogue sincère pour que ce texte préserve la liberté de culte sans arbitraire, afin que la loi soit un rempart pour tous et non une contrainte qui fragilise l’harmonie sociale que nous cherchons tant à protéger. »

 

Chers frères et sœurs, aujourd’hui, notre regard se porte sur un monde tourmenté, où la soif de puissance écrase trop souvent la dignité humaine.

Dans notre sous-région, nous traversons une épreuve sécuritaire sans précédent. Face à la menace, l’isolement est une erreur. Nous saluons la volonté de nos États, à l’instar de l’Alliance des États du Sahel (AES), de reprendre en main leur destin par une unité d’action. La sécurité n’est pas qu’une affaire d’armes ; c’est une affaire de souveraineté et de fraternité entre peuples partageant le même sol, les mêmes défis, les mêmes destins.

Comment parler de foi sans dénoncer l’injustice ? Nous dénonçons avec la plus grande fermeté l’hypocrisie d’une communauté internationale qui prône les droits de l’homme tout en restant spectatrice du massacre d’innocents dans plusieurs endroits du monde, toute chose qui fragilise l’ordre mondial et trahit l’humanité de ceux qui se taisent.

 

Le climat de tension entre l’Iran, les États-Unis et Israël menace de consumer la région et d’embraser le monde entier par ses effets collatéraux. C’est le lieu ici pour nous de dénoncer l’hypocrisie des États-Unis qui s’autoproclament gendarmes du monde tout en agissant hors de tout cadre légal exemplaire. Leur soutien inconditionnel à un État israélien qui multiplie les provocations militaires prouve une politique de deux poids, deux mesures. On ne peut prétendre rétablir l’ordre mondial en utilisant la force brute et en ignorant les principes de justice que l’on prétend défendre devant le reste du globe.

 

Nous prions pour que la sagesse l’emporte sur l’arrogance, car dans chaque explosion, ce sont les pauvres et les enfants qui paient le prix fort. Nous n’avons jamais été aussi près d’une potentielle troisième guerre mondiale tant redoutée ; Dieu nous en préserve !

 

Quand nous tournons nos yeux vers notre continent, du Soudan à la RD Congo, en passant par les pays de l’AES, le sang coule. L’Union Africaine ne doit plus se contenter de sommets et de communiqués. Elle doit devenir l’instrument d’une résolution définitive de nos conflits, portée par une vision africaine, pour les Africains.

En tout état de cause, prenons garde au poison des inégalités. Un monde où 1 % possède tout pendant que la multitude manque de pain est un monde qui défie les lois d’Allah.

 

L’accumulation excessive de richesses au détriment du bien commun est la racine des colères de demain.

Chaque croyant doit être un ambassadeur de la justice et un défenseur des droits humains, car rester indifférents ne fera qu’augmenter la misère du monde. C’est par une culture de la paix, de la justice et du respect de la dignité humaine que notre monde continuera d’être.

 

Mes frères et sœurs, l’Aïd el fitr est pour nous un cadeau divin.  Sur le plan islamique, se réjouir aujourd’hui est légitime et cela a valeur d’adoration, à condition de rester dans les limites fixées par Allah.

 

Porter ses plus beaux habits, partager des repas, visiter la famille et les voisins, et exprimer sa gratitude, tout cela participe l’expression de notre remerciement à Allah.  Cependant, la fête ne doit pas être un prétexte pour renouer avec les péchés que nous avons fuis pendant un mois. Évitons l’ostentation, la consommation de ce qui est interdit, ou les rassemblements qui offensent la pudeur et les valeurs de notre foi.

La joie de l’Aïd est trop souvent ternie par des drames évitables. L’Islam nous enseigne la maîtrise de soi, le civisme sur la route, la modération dans le festin, la pondération en toutes circonstances.

Enfin, n’oublions pas que notre joie est incomplète tant que des membres de notre communauté nationale souffrent du manque et de la violence du fait de la crise que nous vivons.

 

Nous élevons nos invocations pour les malades sur leurs lits d’hôpital, pour les opprimés à travers le monde qui passent l’Aïd sous les bombes ou dans l’exil, pour les chômeurs dont le cœur est lourd en ce jour, et pour tous ceux et celles qui connaissent une forme quelconque d’angoisse, qu’Allah qui est la paix lève tout désarroi.
Daigne Allah accepter nos œuvres, pardonner nos manquements et faire de cette fête un moment de paix, d’unité et de fraternité réelle.

Aïd Moubarak à toutes et à tous !